3.3.11

Souvenir d'une nuit d'été

( La nuit étoilée ° Vincent van Gogh ° 1889 )

Dehors, les grillons
Dans mon sac de couchage
Je respire la nuit

Outside, the crickets
In my sleeping bag
I breath the night


Une nuit d'août 2010. Il était tard, très tard. Quatre personnes dans une tente prévue pour trois. Oh, absolument rien ici qui puisse choquer la morale : un camping, des amies passant à l'improviste, il fallait bien caser tout ce petit monde. La pluie drue s'invita aussi, pas terrible cette météo ardéchoise. La pluie crépitait, là si près au-dessus de nos têtes, un vrai déluge, puis finalement s'est calmée, jusqu'à s'arrêter tout à fait. Lassée par mes tentatives éperdues d'échapper à Émilie qui, abandonnée dans un sommeil bruyant, avait oublié un peu trop vite ce qu'on avait décidé au préalable – on s'allonge et on ne bouge plus ! –, le nez collé au tissu opaque, au bord de l'asphyxie et de la claustrophobie, des envies de meurtre s'amplifiant dangereusement, je décidais au nom de la vie de sortir prendre l'air. De l'air !

Tel l'enfant qui naît, la première bouffée a été libératrice.

Dehors, le paysage en demi-teinte, plein d'eau ; les arbres lourds dont les gouttelettes énormes tombaient à terre avec une précision de métronome ; les dômes des tentes alentours, quelques ronflements en écho de l'un à l'autre ; le cri, au loin, d'un oiseau nocturne. C'était envoûtant comme dans un décor de Tim Burton.

J'ai choisi en dépit de la fraîcheur et du ciel menaçant d'étendre là mon sac de couchage, directement sur les herbes folles couchées par l'orage, et de dormir à la belle étoile.

Belle étoile ? Au-dessus de moi les nuages hostiles ne laissaient rien présager de bon. Une nouvelle averse alors ? Non ! Je scrutais le ciel intensément, murmurant de toutes mes forces je ne sais quelle prière idiote à l'attention de ce Dieu que je ne sollicite que dans les cas extrêmes. Dieu, qu'il ne pleuve plus ! Je ne veux pas retourner dans la tente ! J'ai bien mérité un peu de Ta miséricorde ?...

Parfois les petits miracles se réalisent, si si je le sais, j'en ai vécu un cette nuit-là... Les nuages ont pris de la distance, comme par magie. Ils ont laissé apparaître une étoile. Je crois que c'était l'Étoile du Berger, elle scintillait comme un diamant. Entièrement dévouée à ma nouvelle foi spirituelle, j'ai alors pensé dans un élan mystique des plus fervents qu'elle ne brillait que pour moi. Elle me disait : Ne t'en fais pas, tout ira bien maintenant. Elle avait raison. Le ciel n'a fait que se découvrir, bleu, gris, argenté, plein d'étoiles, de plus en plus d'étoiles. J'ai observé avec émerveillement, bien au chaud dans mon sac de couchage remonté jusqu'au menton, des étoiles filantes, là, au-dessus de ma tête. Cinq, dix étoiles filantes. J'ai entendu le bruit sourd d'un météore se consumant en plein vol. C'était grandiose. Ce spectacle de la nature, juste pour moi. Et les autres qui dormaient à côté du sommeil du juste, bien à l'aise maintenant dans l'habitacle restreint... ils ne savaient pas ce qu'ils manquaient. Et moi je me sentais l'Élue.

Je me suis quand même gelé les miches, mais le sac de couchage avait bien résisté à l'humidité.

1 commentaire:

Angela a dit…

J aime!!! Tres jolie!!! Biz
Angela Donava
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