4.3.12

La claque

Cela fait maintenant douze jours que mon genou gauche n'est plus tout à fait ce qu'il était, le ligament croisé antérieur ayant été rompu suite à un accident de vélo (dû à un tiers, salaud !) dans Paris la belle. Hier, j'apprenais qu'une opération allait sans doute être nécessaire, réduisant à néant tous mes chouettes projets pour les trois mois à venir.

C'est fortement démoralisée que je me rendais ensuite chez des amis d'amis, honorant malgré tout leur invitation à dîner. Je ne les connaissais pas. Le père, jeune, affable et joyeux, venait de retrouver son fils de quatorze ans et sa fille de neuf ans pour les vacances scolaires. Si l'adolescent était affublé d'un QI supérieur à la norme, la petite, au contraire, présentait des troubles du comportement liés à une sombre malformation congénitale. Son cerveau avait la maturité d'un enfant de deux ans. Elle était victime de spasmes récurrents dont la fréquence l'obligeait à porter un casque en permanence, par sécurité. Nous avons d'ailleurs été témoins de l'un de ces spasmes. C'est chose éprouvante que de voir cette pauvre petite subitement tétanisée, tête la première sur la table du salon, faisant voler au passage le bol de cacahouètes, les membres révulsés durant quelques longues secondes. Je pensais à une scène de L'Exorcisme d'Emily Rose.

Comme si cela n'était pas suffisant, j'apprenais au fil de la soirée que le père était en rémission d'une troisième récidive d'un cancer des testicules.

Mais malgré ces bâtons dans les roues de leur vie ces gens-là avaient décidé de faire face sans se victimiser. Sans s'apitoyer sur leur sort. En se battant du mieux qu'ils pouvaient. Ca fait cliché ? Sur le papier, oui, peut-être. Pas lorsqu'on les rencontre.

Le dîner avançant, je relativisais définitivement mon sort.

Je vais souvent penser à eux, c'est sûr.

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