27.3.12

Le Monde d'hier

En ce moment, les pieds en éventail au soleil (enfin plutôt en faisant mes exercices de kiné pour le genou), je lis ça :


Le Monde d'hier, de Stefan Zweig (Ed. Le livre de poche).

Il s'agit des mémoires de cet homme de lettres autrichien, à la fois poète, écrivain, biographe et journaliste, né en 1881 à Vienne et mort en 1942 au Brésil, à l'âge de 60 ans. 

Zweig évoque ici, avec bonheur et tendresse, une époque révolue, celle de sa jeunesse dans l'Europe de 1900, une jeunesse bourgeoise. Il décrit avec la facilité qu'on lui connaît la Vienne d'avant-guerre, où la vie semblait s'écouler avec tant de grâce dans un environnement parfaitement culturel et joliment distingué. Et puis le jeune Zweig a beaucoup voyagé -- plus tard aussi d'ailleurs, il n'aura de cesse de partir à la découverte du monde. J'ai aimé ses "voyages de découverte" d'un pays, à travers une ville le plus souvent. Quel luxe de pouvoir se dire : Hum, comment vit-on à Londres, à Paris ? Et d'y aller librement, d'y séjourner le temps voulu, le temps de sentir l'atmosphère, les moeurs, les habitudes, d'y rencontrer "les grands hommes". Ainsi Zweig aura-t-il fréquenté Paul Verhaeren, Sigmund Freud, Richard Strauss, Georges Bernanos, James Joyce, et tant d'autres. 

En tant que grand témoin d'un monde en mouvement il montre aussi la montée du nationalisme, le bouleversement des idées au lendemain de la Grande Guerre, l'arrivée au pouvoir d'Hitler jusqu'au "suicide de l'Europe". Ces évènements dramatiques ne sensibilisent pas seulement l'écrivain, ils touchent également l'homme. Zweig les retranscrit avec une belle précision de mémoire et une foultitude de détails, tous ces détails qu'on ne trouve pas dans les livres d'histoire mais bien sous la plume émotionnelle d'un individu qui les a vécu.  

Je crois que l'on est encore plus émus par Le Monde d'hier quand on sait que l'auteur l'a rédigé alors qu'il avait déjà entrepris le dessein de se suicider, ne supportant plus l'écroulement de l'Europe.

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