8.3.12

Vivre dans un film de Jane Campion

Par une après-midi crépitante de pluie sur les carreaux je regardais Bright Star de Jane Campion, et tout me ravit.

La lenteur. Les jardins anglais. Le romantisme éperdu : les mains des amants se caressant l'une et l'autre, légèrement, s'entremêlant, la poésie où une simple idée est énoncée avec des arabesques fleuries, où dix, vingt mots précisément choisis prennent la place d'un.

Les tissus. Quel soin apporté aux tissus, quelle délicatesse dans la transparence raffinée d'un voile de lin ! Je veux saluer le travail des costumiers et des décorateurs. On ressent la recherche du beau, de l'harmonieux, du subtil. C'est très réussi, que ce soit dans l'étoffe brute des robes de l'héroïne comme dans le bois patiné du manoir, le crépitement d'une bougie ou le son un peu rugueux de la caresse sur les pages d'un livre.

Dès les premières minutes, j'ai su que je voulais vivre dans ce film de Jane Campion.

Mais, je n'aurais pas été la muse. J'aurais été moi-même le poète inspiré par l'objet de son amour, publiant un recueil écrit avec des larmes de sang, enfouissant mon visage dans l'oreiller en plumes ou m'enfonçant dans les herbes folles du verger ; assise contre un tronc d'arbre croquant une pomme ou dans un fauteuil club près de la cheminée, un chat endormi sur les genoux, le front soucieux dans la recherche du mot juste, la plume à la main grattant le papier épais : crr-crr-crr, crr-crr-crr.

Je me serais noyée dans des tourments fabuleux, car je n'aurais su concevoir l'amour autrement que comme impossible, malheureux et intense.

J'aurais gravé le nom de mon amour sur le coeur comme Ugolin avait cousu le ruban.

J'aurais aimé follement, passionnément, douloureusement. Comme dans la vie, finalement.

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